
Une école à soi : le combat d’Amélie (Reportage)
Elle n’a pas trouvé l’école qu’elle cherchait. Alors elle l’a construite. En 2024, Amélie a ouvert à Montréal le K-OSS Jiu-Jitsu & Café — la première école de jiu-jitsu brésilien fondée par une femme dans l’est du Canada. J’ai passé une soirée de juin à la photographier, du comptoir au tatami.

Un sport de combat où les femmes restent minoritaires
Le jiu-jitsu brésilien est un sport de combat au sol dont l’objectif est de soumettre l’adversaire par étranglement ou clé articulaire. Les femmes y restent largement minoritaires — comme pratiquantes, comme enseignantes, et plus encore comme propriétaires d’école.
C’est dans ce paysage qu’Amélie a ouvert le K-OSS.
Ce qu’elle cherchait : l’approche écologique
Amélie cherchait une école enseignant selon l’approche écologique, la méthode ECO. Plutôt que de démontrer des techniques à répéter, le principe est de poser des problèmes que les élèves résolvent dans le mouvement. Pas de démonstration frontale à reproduire : des situations, des contraintes, et des corps qui cherchent.
Au Québec, une seule école enseignait cette approche. Rien près de chez elle.

Alors elle l’a construite
Témoin et victime de situations toxiques dans le milieu du jiu-jitsu brésilien, Amélie a décidé de créer elle-même l’espace qui manquait. Elle a quitté son travail de bureau, engagé les économies de la famille, et fondé en 2024 le K-OSS Jiu-Jitsu & Café : la première école de jiu-jitsu brésilien ouverte par une femme dans l’est du Canada.
Un tatami, un café et une famille
Le K-OSS est d’abord un café ouvert sur le quartier. Derrière le comptoir, Sara, la fille aînée d’Amélie — ici, tout le monde l’appelle « la patronne ». Le service, l’entretien des lieux, les appels pour le jiu-jitsu, la fermeture après chaque cours : le café repose entièrement sur elle. C’est sa maison, et les autres y sont ses invités.


De l’autre côté du local, le tatami. Et entre les deux, le bébé d’Amélie, qui l’accompagne jusque pendant les cours.

Avant le cours
Avant le cours, les gestes se répètent : plier les tenues, préparer la salle, accueillir les premiers élèves. L’école enseigne avec et sans kimono — aussi appelé gi. Ce soir-là, l’entraînement se fera en no-gi.


Les élèves se préparent : passage aux vestiaires, strap sur les doigts pour protéger une blessure, puis le groupe s’installe sur le tatami. Hommes et femmes, débutants et gradés se côtoient sur le même tatami — la mixité est la règle de la maison.


Enseigner, puis pratiquer
Amélie présente les exercices, puis elle passe d’un duo à l’autre pour corriger, donner des pistes de réflexion, ou simplement éviter les collisions.


Pendant les rounds de sparring, elle observe et prend des notes. Puis elle s’engage elle-même sur le tatami. On attend souvent d’elle qu’elle conserve un bon niveau : l’enseignante se doit de rester pratiquante.


« We Are All Accountable »
De ce qu’elle a vécu dans le milieu est aussi né « We Are All Accountable », l’écho de #MeToo dans le jiu-jitsu. Le mouvement se lit sur les t-shirts portés au K-OSS : No More Grooming, Sexual Abuse, Silence in Jiu-Jitsu.
Construire un espace sain ne suffit pas : il faut aussi nommer ce qui ne l’est pas.

Fondatrice, enseignante, mère
Amélie n’a pas trouvé l’école qu’elle cherchait, alors elle l’a construite. Fondatrice, enseignante, mère : la première à avoir ouvert cette voie dans l’est du Canada.
Ce reportage paraît dans le livre DR#6
« Une école à soi » a été sélectionné pour le sixième livre annuel du Collectif DR, « Portraits de femmes inspirantes » : 176 pages, une trentaine de reportages inédits signés par des photoreporters des quatre coins du globe. Une pédiatre de 94 ans qui reçoit toujours ses jeunes patients, la première navigatrice à avoir remporté un tour du monde à la voile en solitaire, une sculptrice kurde qui coule dans le bronze la mémoire des disparus de la guerre syrienne, la seule marchande de tapis du Grand Bazar d’Istanbul — et Amélie.
Le livre est imprimé sur papier Fine Art, avec une couture apparente qui lui permet de s’ouvrir parfaitement à plat : aucune image sacrifiée dans le pli. Une fois les coûts de fabrication couverts, 100 % des bénéfices vont aux photoreporters.
La campagne de préventes est en cours, et fonctionne en tout ou rien : si l’objectif n’est pas atteint, le livre ne se fait pas.
Galerie

























Merci à Amélie, à Sara et à tout le K-OSS de m’avoir ouvert la porte. L’école se trouve à Montréal et enseigne le jiu-jitsu brésilien avec et sans kimono, du débutant au gradé : @k.oss.montreal.
Reportage photographié le 22 juin 2026 à Montréal. Photographies Thomas Courtois / Collectif DR.


